Tout ce qu’il faut savoir sur la loi française controversée sur la sécurité globale

La semaine dernière, un projet de loi controversé intitulé "Loi sur la sécurité globalee" a reçu le feu vert des législateurs de l'Assemblée nationale, qui ont affirmé qu'elle assurerait une protection supplémentaire à la police. Bien que le projet de loi doive encore passer par le Sénat, des groupes de défense des droits de l'homme, y compris Amnesty International, ont fait part de leurs préoccupations concernant plusieurs articles qui portent atteinte aux droits démocratiques. En réponse, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans les rues du pays et la police les a affrontés. Pour en savoir plus, nous avons parlé avec la photojournaliste Léa Michaëlis (@michaelistudio) qui couvre les manifestations.


Les avocats de la Brigade des peignoirs noirs sur la Statue de la République à Paris protestent pour le sort des réfugiés, 24 novembre 2020. Photo par Léa Michaëlis.



1. En quoi consiste la proposition de loi sur la sécurité globale?


La loi de sécurité globale est un projet soutenu par le ministre français de l'intérieur, Gérald Darmanin, qui interdit la diffusion d'images de policiers (article 24), portant ainsi directement atteinte à la liberté d'informer et à la liberté de la presse. Toute personne qui diffuse ces images est punie d'un an de prison et d'une amende de 45 000 euros. Le reste de cette loi est également dangereux ; il comprend la surveillance par drones lors de manifestations, la reconnaissance faciale et le droit pour les policiers qui ne sont pas de service de porter des armes (articles 21 et 22).



2. Pourquoi la loi est-elle si controversée ?


Ce projet de loi est très controversé car il montre la volonté du gouvernement de contrôler la population et d'exercer une surveillance globale. La police se protège des gens plutôt que de les défendre. Cette loi pose un problème aux journalistes et aux photographes qui ne pourront plus rapporter d'informations parce qu'ils seront punis pour l’avoir fait. C'est aussi un problème pour les personnes qui pourraient obtenir justice grâce aux photographies. Cette loi met tout le monde en danger.



3. Qui soutient le projet de loi et est-ce que ce sont les mêmes personnes qui en bénéficient?


Cette mesure a été suggérée et rapportée par Jean-Michel Fauverge, l'ancien patron du RAID (unité tactique d'élite de la police nationale française) et député de La République en Marche, le parti politique du président Emmanuel Macron. Cette loi est évidemment soutenue par certains membres du gouvernement, en particulier par Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, ainsi que par des partis politiques de droite. Elle profite principalement à la police, mais elle donne également au gouvernement un plus grand contrôle sur son image publique.



4. Quelles sont vos principales préoccupations si la loi est adoptée?


Je suis peut-être un idéaliste, mais pour l'instant je ne peux pas imaginer ce qui pourrait arriver, c'est inconcevable pour mon pays et pour moi. Si cette loi est adoptée, nous devrons réfléchir à la manière de la contourner et continuer à protester pour qu'elle soit supprimée.



5. Pourquoi pensez-vous que le gouvernement veut adopter cette loi maintenant, d'autant plus que la communauté internationale, y compris les Nations Unies, a récemment émis de nombreuses critiques à l'encontre de la police française?


Depuis les Gilets Jaunes*, le gouvernement veut se protéger des soulèvements populaires. La France n'a pas su gérer la crise de Covid-19 et les Français sont mécontents de cette période de grande précarité. Cette loi permet de contrôler l'image du pays et d'ignorer les violences policières, notamment lors des manifestations. Les victimes et les familles des victimes des violences policières dévoilent peu à peu leur histoire et cela effraie le gouvernement qui veut maîtriser une image "propre" concernant les "valeurs de la République".



6. Qui se joint aux manifestations et quels sont leurs objectifs?


Cette manifestation rassemble tout le monde. Les jeunes, les travailleurs, les minorités et les personnes racialement ciblées se sentent concernés. Des écologistes et des groupes féministes protestent parce que des actions militantes sont menacées.


Dans les manifestations, il n'y a pas beaucoup de partisans de la droite, mais les médias et les journalistes de droite sont parfois contre cette loi et manifestent aux côtés de la gauche. Cela montre que cette loi concerne TOUT LE MONDE.



7. Comment les politiques réagissent-ils aux manifestations ? Y a-t-il des partis politiques qui soutiennent les manifestants?


Gérald Darmanin a parlé à la télévision de cette loi après que les manifestations aient continué à se répéter, ainsi que des violences policières dont Michel Zecler a été victime. Il a également reçu des journalistes, mais sans succès car le dialogue avec le ministre est impossible. Le Premier ministre a également essayé d'inviter une délégation de journalistes, tandis que le Président, pour sa part, doit s'exprimer sur le sujet. Nous sentons que l'Elysée panique.


Il est évident que les partis politiques dont les députés ont voté contre la loi à l'Assemblée nationale, soutiennent les manifestants, en particulier le parti de gauche La France Insoumise.



8. Macron est une figure qui divise, mais il est considéré au niveau international comme un partisan de la démocratie. Pensez-vous que cette loi soit nuisible à la démocratie et êtes-vous surpris qu'elle ait été proposée sous la direction de Macron?


La France représente la démocratie aux yeux du monde. Mais Macron ne représente pas la démocratie. Voici la nuance.


Documenter, dénoncer, diffuser des images fait partie de la liberté de la presse et c'est l'une des choses qui nous différencie des pays sous dictature. Cette loi est antidémocratique.



9. l'Assemblée nationale a annoncé que la "majorité proposerait une nouvelle écriture" de l'article 24 ; pensez-vous que cela satisfera les demandes des protestataires?


Non. Ils ne veulent pas une réécriture du projet de loi, ils veulent que ce projet soit complètement abandonné. La stratégie du gouvernement est de faire croire aux Français qu'il a entendu et compris leurs protestations et qu'il en tiendra compte en modifiant la loi. Mais en réalité, la loi ne sera que légèrement modifiée et adoptée de toute façon.



10. Qui d'autre devrions-nous suivre pour connaître les dernières nouvelles?


Je conseille à tous de suivre au plus près les médias web indépendants et les journalistes indépendants, qui sont sur place et qui ressentent les manifestations. Sans hésiter, la journaliste Taha Bouhafs (Twitter, Insta) qui relaie beaucoup d'informations concernant cette loi et les manifestations, et @cerveaux_non_disponibles.



*Depuis deux ans que les Gilets jaunes protestent, 6000 personnes ont été blessées : cinq manifestants ont eu les mains arrachées, 35 sont devenus aveugles, 318 ont été gravement blessés à la tête et trois sont morts.


(Translation by Johnny Merson)

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